PARIS, 9 août 2008 (AFP) - Crise sanitaire sans précédent, la mort de 15.000 personnes lors de la canicule de 2003, il y a cinq ans, a été suivie d’un meilleur accompagnement des personnes fragiles l’été, mais l’engagement, y compris financier, de l’Etat reste insuffisant, selon des professionnels.

Aujourd’hui, “il y a une information et un système d’alerte qui étaient totalement inexistants à l’époque. Il y a aussi une sensibilisation du grand public qui ignorait alors les risques encourus”, constate le président du syndicat de médecins hospitaliers CMH, François Aubart.

En outre, “les collectivités locales se sont mobilisées pour recenser les personnes âgées dans les communes et organiser des contacts réguliers pendant l’été”, déclare de son côté le médecin urgentiste, Christophe Prudhomme, de la CGT-Santé, principal syndicat des hôpitaux.

La secrétaire d’Etat à la Solidarité, Valérie Létard, a ainsi précisé début juillet que “99% des communes de plus de 10.000 habitants” avaient mis en place des “registres” permettant de signaler les personnes isolées.

Ce “changement de comportement à l’égard des personnes âgées” s’est même traduit “par une progression de l’espérance de vie” supérieure aux prévisions, rappelait de son côté fin mars le démographe Gilles Pison (Ined).

De ce fait, “si une canicule se produisait dans les mêmes conditions qu’en 2003, il est clair qu’il n’y aurait pas 15.000 morts”, selon le président de l’AD-PA (directeurs de maisons de retraite), Pascal Champvert.

Cependant, “le problème de fond reste entier: les établissements et les services d’aide à domicile manquent toujours autant de personnels. Pour cette raison, selon moi, si une nouvelle canicule avait lieu, il y aurait tout de même de nombreux morts”, déclare-t-il au Monde.fr.

“En 2003, nous avions demandé un plan Marshall , le déblocage de 6 à 7 milliards d’euros et le doublement des effectifs en établissement et à domicile. Mais depuis 2001, le nombre des personnels en établissement n’a augmenté que de 10%. A ce rythme-là, la France ne rattrapera l’Allemagne que dans 70 ans”, ajoute M. Champvert.

En outre, selon l’AD-PA, la “pièce rafraîchie” mise en place dans les établissements n’a “bénéficié d’aucun financement d’Etat en dépit des engagements pris” et les fonds dégagés par la suppression d’un jour férié sans compensation salariale ne sont pas entièrement consacrés aux personnes âgées ou handicapées.

Cette affirmation avait été démentie en mai par Mme Létard: “Tous les crédits de la dépendance sont sanctuarisés (…) A l’euro près, ils sont bien affectés à la dépendance”, à l’instar des 2,22 milliards d’euros rapportés l’an dernier par cette journée et gérés par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA).

Quant aux hôpitaux, MM. Aubart et Prudhomme, par ailleurs en désaccord sur plusieurs points, jugent nécessaire de limiter les fermetures de lits en été, même si l’essentiel de la prévention devrait avoir lieu avant un éventuel transfert à l’hôpital.

Ainsi, M. Aubart préconise une “gestion” des gardes et astreintes des médecins libéraux, des infirmières et des “réseaux sociaux”, afin que “les populations à risque soient la cible d’une vigilance particulière”.

Pour M. Prudhomme, “il faut avoir la volonté d’organiser réellement les actions de santé publique (…) Or, on n’a pas mis en place de structure de coordination parce que l’objectif du gouvernement depuis 2003 n’a pas changé: restreindre les budgets, faire des économies. L’organisation passe après”.