WASHINGTON - L’infection du liquide amniotique pendant la grossesse jouerait un rôle plus important dans la survenue d’un accouchement prématuré que les scientifiques ne le pensaient jusque-là, selon une nouvelle étude américaine.

Bien que menée à faible échelle, l’étude a permis de découvrir la présence de germes généralement indécelables avec les méthodes habituelles et donc un nombre plus élevé que prévu de femmes porteuses d’infections latentes.

L’étude, qui est publiée sur le site en ligne du "Journal of the Public Library of Science" (PLoS), souligne par ailleurs que la prématurité de l’accouchement est proportionnelle à la gravité de l’infection. Elle ne permet cependant pas de démontrer que les germes provoquent le travail prématuré.

Plus de 500.000 bébés naissent prématurément chaque année aux Etats-Unis, avant 37 semaines de grossesse. Un bilan qui s’est régulièrement alourdi ces 20 dernières années, les médecins ne connaissant toujours pas la cause de la plupart des naissances prématurées, ni le moyen de les prévenir.

Chaque semaine supplémentaire de grossesse est précieuse. Parmi les prématurés, les enfants nés avant 32 semaines présentent le risque le plus élevé de mourir ou de souffrir d’un handicap majeur, mais même les bébés nés quelques semaines trop tôt peuvent présenter des problèmes importants.

On sait depuis longtemps que certaines infections, notamment vaginales ou urinaires, augmentent le risque de naissance prématurée, vraisemblablement en entraînant une inflammation qui déclenche l’accouchement. Mais quelle est la part des infections dans ce processus, notamment de celles qui ne provoquent aucun signe externe? C’est une question clé, explique le Dr Michael Katz, de la Fondation March and Dimes, qui n’a pas participé à l’étude.

C’est pourquoi l’équipe de Stanford a tenté une nouvelle approche. Elle s’est servie d’échantillons de liquide amniotique recueillis auprès de femmes ayant accouché prématurément à l’hôpital de Detroit entre 1998 et 2002. Les médecins à l’époque avaient réalisé des tests standard à la recherche d’une infection, et conservé le liquide restant pour la recherche.

Le Dr David Relman et son collègue, le Dr Dan DiGiulio, ont utilisé des tests plus sophistiqués connus sous le nom de PCR pour trouver et reproduire des morceaux de matériel génétique de germes. Ils se sont uniquement servi du liquide collecté à l’aide d’une seringue introduite dans l’abdomen, comme dans le cas d’une amniocentèse, avant la rupture de la poche des eaux, pour s’assurer que ces examens ne dépistent pas de germes apparus après l’accouchement.

Au total, ce sont 116 femmes, dont 113 ayant accouché prématurément, qui ont participé à l’étude.

Quelque 15% des femmes sont porteuses d’infections bactériennes ou de mycoses, et toutes ont accouché prématurément. Mais les tests par PCR ont permis de dépister 56% de femmes infectées en plus. Un chiffre probablement encore inférieur à la réalité, estiment les chercheurs, qui pensent que les échantillons utilisés sont si vieux que l’ADN a commencé à se dégrader. Et il y avait une surprenante variété de germes: 17 espèces bactériennes, notamment une espèce jusque-là inconnue, et une mycose.

Les tests standard n’avaient probablement pas pu dépister les infections des femmes dont les bébés sont nés avant 25 semaines.

De nouvelles recherches devront montrer si la contamination par ces germes permet vraiment de prédire un accouchement prématuré. Une étude allant dans ce sens est menée par l’équipe du Dr Relman auprès de 2.000 femmes qui ont subi une amniocentèse de routine au cours du second trimestre de grossesse.

Sur le Net:

PLoS One: http://www.plos.org

AP